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Rencontre avec Aurélia Wolff, fondatrice de Whole et teinturière végétale

Aurélia Wolff est une artisan hétéroclite et autodidacte. Elle a d’abord travaillé pour une créatrice haute couture avant de créer sa marque de prêt-à-porter femme en 2009. Rapidement, elle évolue vers la teinture végétale et lance Whole, un studio de création textile 100% teinture végétale. Rencontre avec une artisan engagée.

Wecandoo : Qu’est-ce qui t’a amenée à lancer WHOLE ?  

Aurélia Wolff : J’ai eu envie d’aller plus loin dans la création textile – recherches de matières et fibres, et la création de couleurs… Je me suis formée à la teinture végétale avec Michel Garcia après avoir pas mal expérimenté. J’ai aussi eu envie de créer autrement, de sortir du monde de la mode pour créer des essentiels du quotidien, déco et accessoires, pour adultes, enfants et bébé.

Pourquoi la teinture végétale ? 

Par amour du naturel, par choix esthétique pour la beauté des couleurs, et par engagement écologique.

Comment as-tu connu le métier de teinturier ? 

J’ai connu ce métier par différents livres, et la rencontre de fil en aiguille de différentes personnes de cette communauté. Je vous invite à lire les livres d’Elisabeth Dumont, de Michel Garcia et de Dominique Caron. J’ai également publié Teintures végétales chez Eyrolles en 2018.

À quoi ressemble ton quotidien ?

Le travail s’organise entre projets – mails, appels, programmation de teintures, avec d’autres marques, création et teinture de nos propres collections, tissage et finitions, préparation de commandes de l’e-shop et livraisons, et beaucoup de workshops (enfin d’ordinaire) avec préparation et rangement !

Malheureusement, tous ces moments d’échange riches et passionnants ne sont pas actuellement possibles [pendant la période de confinement, NDLR], donc je prends le temps de travailler sur d’autres sujets : nouveau livre, préparation de nos nouveaux espaces quand ce sera possible, autre projet de collaboration…

Es-tu une amoureuse des plantes ?

OUI ! J’ai des tonnes de livres de plantes médicinales, de potager, de teintures végétales, je me suis formée à la permaculture (CCP)… Bref, les plantes (et la nature au sens large) me fascinent ! 

Comment choisis-tu tes tissus ? 

Par rapport à la texture, l’origine, la porosité, la souplesse, le toucher… De nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Je les choisis toujours tissés en France et certifiés GOTS (certification textile biologique), et j’aimerais aller encore plus loin avec des fibres 100% locales (de la culture à la transformation intégrale – filature, et tissage), comme c’est le cas pour la laine et bientôt pour le lin et le chanvre.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Je suis en train de mettre en place un jardin de plantes tinctoriales dans le 13ème arrondissement de Paris car nous sommes lauréats Parisculteurs, et dans un futur proche nous nous installerons sur le jardin grâce à la construction d’un atelier éco-conçu.

As-tu une jolie anecdote à nous partager ? 

Mes enfants essaient toujours de repérer des plantes pour moi.

Bienvenue dans l’atelier d’Aurélia, une artisan teinturière

#WecandooChezVous est un mouvement de solidarité lancé pour soutenir les artisans en France pendant cette période de confinement. Tu as donc décidé de nous partager un atelier écoprint. Tout d’abord, qu’est-ce que c’est ? 

Il s’agit d’une impression de végétal plante ou fleur sur un tissu, avec ou sans nuançage – étape après teinture pour fixer ou modifier la couleur.

Quelle est la matière du tissu que nous devons utiliser pour le réaliser ? 

Choisissez plutôt du coton, du lin, de la laine ou de la soie… Peu importe, il faut une matière naturelle, souple et prélavée.

Avec quels types de végétaux peut-on teindre chez nous ? 

Toute la problématique est celle de la tenue de la couleur, si on a de quoi « mordancer » c’est à dire fixer la couleur – opération qui se fait préalablement à la teinture, avec de l’alun par exemple, beaucoup de plantes peuvent être bonnes ! Mais si on veut faire une teinture « directe » sans préparation et que cela tienne, les candidats sont moins nombreux…. On peut citer le curcuma, le brou de noix, l’avocat – c’est quand même mieux en mordançant mais ça marche quand même, éventuellement l’oignon sur laine…

Dans ma démonstration sur Instagram, j’ai passé le tissu dans le fer ensuite, cela permet de « fixer » les transferts de tanins des plantes (et j’avais mis du curcuma pour une couleur directe) en les faisant réagir (les traces des plantes fortement chargées en tanins deviendront grises ou noires, l’empreinte de pelure d’oignon kaki etc.).

De quel matériel avons-nous besoin ?

 Il vous faut de l’eau, une casserole, une cuillère en bois et de la ficelle.

Quelle est la recette pour faire son ecoprint ?

La première étape est le prémouillage ou non de son tissu. Vous disposerez ensuite des végétaux sur une partie du tissu. Pliez en deux le tissu pour emprisonner les végétaux. À cette étape, on peut éventuellement frapper avec un petit maillet ou appuyer un rouleau à pâtisserie pour accentuer les empreintes de végétaux.

On roule ensuite en un boudin et on ficelle serré. Il faut ensuite verser de l’eau bouillante sur le tissu ou vous pouvez le passer en cuiseur vapeur si vous avez (laissez environ 20 minutes). Ensuite, on déroule et on enlève les végétaux et on rince.

Passez le tissu quelques minutes dans un bain de fer. Pour cette étape, il y a deux options : soit on a du sulfate de fer et on met une pincée dans un bol d’eau tiède, sinon on prépare un bocal de « soupe de clous » avec de la paille de fer ou des vieux clous (en fer) qu’on immerge dans un bocal d’eau (environ 1L) avec un demi-verre de vinaigre blanc, on laisse quelques jours…

Enfin, on prélève une louche de cette préparation pour notre nuançage au fer et on rajoute un peu d’eau et de vinaigre dans le bocal qu’on peut garder indéfiniment.

Quel est le principal défi à relever dans ce tuto – s’il y en a un ? 

Aucun ! Au pire, il ne se passe pas grand chose et on peut toujours recommencer ou teindre entièrement son tissu dans des pelures d’oignon et le passer dans le fer ensuite pour un résultat kaki. Voici quelques exemples de choix de plantes à tanin : feuille de ronces, de fraisier, de noyer, de noisetier…

On se donne rendez-vous sur ton compte Instagram pour un prochain tuto ?

Oui ! J’en prépare un nouveau.

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