Rencontre avec Sandrine Durgeau, éleveuse de chèvres à Paris

Rencontrez Sandrine, une éleveuse pas comme les autres. Ancienne archéologue, elle nous partage sa reconversion dans l’élevage, inspirée par son attachement à la campagne et la passion agricole de son conjoint. Découvrez son parcours, guidé par son amour pour ses animaux, sa détermination et sa passion pour les savoirs-faire anciens 👇

Retrouver les ateliers de Sandrine sur Wecandoo

Wecandoo : Hello Sandrine ! Est-ce que tu peux nous raconter comment tu es devenue éleveuse ? Nous parler de ta reconversion ? De ta formation à ce métier ?

Sandrine : Tout est la faute de l’Amour est dans le pré !! Non, je rigole (mais M6 m’a proposé récemment d’y participer haha). En fait, tout est la faute de mes grands-parents qui habitaient au milieu des champs et des vaches. Ils m’ont donné le goût de la campagne, où j’ai rencontré des agriculteurs passionnés et aussi mon conjoint, qui est agriculteur dans le Loiret, en pleine Beauce. Sa passion, son acharnement à bien faire et à ne jamais lâcher, à se lever pour y aller ont fini de me convaincre.

Je voulais parler de leur travail, je voulais en faire partie et mieux comprendre. Je voulais utiliser ce que lui produisait et montrer que son travail était utile et de qualité. Quand on est une femme, qu’on ne veut pas être maraichère (je garde d’une précédente vie d’archéologue quelques soucis de dos), élever des animaux sans avoir besoin de les tuer (il faut une sacrée dose de courage pour emmener dignement ses animaux à l’abattoir, je n’en aurais pas été capable), les possibilités se resserrent rapidement sur les animaux à laine. Et en plus, je voulais rendre la ferme attractive pour la suite, pour nos enfants. L’accueil du public a permis de motiver mes troupes à ranger la ferme haha.

Et troisième pan de mon projet : l’artisanat. Je suis passionnée par les savoirs-faire anciens. Mon premier job était céramologue, kesako ? J’étudiais la céramique en archéologique et plus particulièrement les techniques de façonnage et les transferts techniques, donc travailler sur une matière comme la laine, découvrir et faire connaitre les savoirs faire anciens : une vraie passion !

La transformation de la laine

Est-ce que tu peux nous parler de ton métier ? En particulier, tu as un élevage d’une trentaine de chèvres Angora et une trentaine de moutons Shetland. Pourquoi avoir choisi ces animaux ?

 Il faut venir les voir pour comprendre, plonger les mains et le nez dans la laine chaude, douce et qui sent bon. Vous comprendrez tout de suite pourquoi j’ai choisi ces animaux, comme les visiteurs !

Je les connais tous, ils ont chacun leur caractère ce qui me permet de voir rapidement si quelque chose ne va pas. Au final, j’ai 60 enfants (+ les deux miens humains). Si on me donnait le choix, je crois que je passerais mon temps au milieu de mes animaux : dans les bergeries en hiver et au milieu de mes pâtures l’été. 

L’élevage de Sandrine

Dans ton activité, tu travailles avec des fermes partenaires. Comment as-tu mis en place ces partenariats ? Quelle est la valeur ajoutée de ces collaborations pour ton activité ? As-tu rencontré des défis dans la mise en place et le maintien de ces partenariats ?

Je travaille avec mon conjoint qui a sa propre ferme : grâce à lui, j’ai mon propre foin, paille et complément. Le partenariat a été facile à mettre en place haha. Bon, il a été un peu obligé quand même. Mais j’essaie d’être de plus en plus autonome pour le soulager.
Ensuite, je travaille avec un groupe d’agriculteur, on fait partie de deux mêmes associations : Fermiers d’Ici en Essonne – on organise ensemble des marchés de producteurs et je travaille avec deux d’entre eux en particulier. Pour l’une, je transforme sa laine, pour une autre, savonnière, qui réalise des savons avec le lait de mes chèvres Angora. 

Savons au lait de brebis réalisés en collaboration avec un partenaire

J’appartiens aussi à une autre asso : Accueil Paysan Région Centre Val de Loire. On travaille sur les produits et l’accueil du public, on partage nos expériences. Mon projet pour cette année : aller les voir dans leurs fermes. Il faut que j’arrive à prendre le temps. 

Les défis : savoir ce que l’on souhaite et ne souhaite pas. Dire clairement les choses. Admettre qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde et que ce n’est pas grave, ni un échec et enfin trouver et prendre le temps !

Tu as rejoint Wecandoo en janvier 2021. Pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’est-ce qui te plaît dans l’animation de ces ateliers ?

C’est ma copine éleveuse de l’Essonne qui a donné mon contact à Wecandoo. Elle savait que je voulais partir sur l’accueil du public, que cela me plaisait. 

En fait Wecandoo est arrivé au bon moment, je voulais mettre en place des ateliers à la ferme qui aille au-delà de la petite visite guidée. Je ne voulais pas faire ferme pédagogique, je voulais montrer réellement le quotidien de notre ferme, la réalité de notre travail avec la terre et les animaux. Enfin, je voulais montrer le travail de la laine, toutes les étapes par lesquelles il fallait passer pour aller de la toison d’une chèvre ou d’un mouton à un pull. Faire comprendre tous les savoirs-faire que cela demandait et démontrer qu’au final le prix n’était pas si élevé. Enfin, je voulais pouvoir le faire avec un prix qui me permette de me payer… Wecandoo, avec un public plutôt parisien, m’a donné un cadre d’atelier, un cadre de communication, et m’a ouvert les portes d’un public capable de payer et de comprendre ce que je faisais. Rares sont les personnes qui assistent à mes ateliers, qui ont déjà entendu parler de ma ferme avant.

Les ateliers à la ferme

Avec 15 autres artisans de la communauté, tu as eu l’opportunité de participer au Salon du Made In France le mois dernier, c’est super ! Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

Ce salon, c’était une opportunité énorme, car le prix normal d’un stand était tout à fait inatteignable pour un petit artisan comme moi. Faire partie d’un collectif, c’était aussi sécurisant, on était complémentaire, on partage les mêmes questionnements. Cela nous a permis de toucher un public réellement intéressé par le made in France, par l’artisanat. On n’avait pas besoin de justifier nos prix et ça, c’est vraiment intéressant. Cela m’a fait gagner du temps et de la fatigue. Cela nous a libéré pour pouvoir vraiment parler de notre travail à la ferme et à l’atelier. 

J’ai pu récolter pas mal de contacts, on verra si je revois les gens sur la ferme ensuite. Le chiffre d’affaires des ventes a permis de rembourser les dépenses réalisées. 

C’était aussi une super occasion pour rencontrer une grande partie de l’équipe de Wecandoo (dont la fameuse Eugénie haha) et puis cela a permis à Edouard de passer son Niveau 2 en filage au Rouet (hihi)

Le stand du salon du Made In France

Peux-tu nous partager une anecdote mémorable ou une expérience gratifiante que tu as vécue lors de l’animation d’un atelier ?

Forcément le grand chef qui passe son niveau 2 au Rouet, c’est pas mal.

J’ai aussi une demande au Mariage (non, c’est vrai !) En fait, France 3 avait re-diffusé un reportage tv sur mon activité 10 jours avant le Salon. Plusieurs personnes m’ont vu à la télé et sont venues au salon me voir en vrai (ça déjà, c’est drôle et étonnant). Et à la fin du salon, j’ai eu la visite d’un jeune homme qui m’avait vu à la télé et qui trouvait mon activité extraordinaire. Mais il trouvait que pour une femme seule cela devait être difficile. Il venait me proposer son aide sur la ferme hahaha (hum, j’ai demandé à mon conjoint, mais il n’a pas été d’accord).

Tu fais aussi de la production et vente de tes créations. Comment équilibres-tu la gestion de tes ateliers et ton activité de production ?

Je travaille 7j/7 10h à 12h par jours depuis 4 ans… il n’y a pas vraiment d’équilibre… En fait, mon plus gros souci, c’est de gérer les temps où je vends, où je me déplace sur les marchés. C’est clairement ce temps là que je souhaite diminuer pour pouvoir plus produire par moi-même et améliorer l’accueil à la ferme.

Production et vente des créations en laine

Tes ateliers d’immersion à la ferme sont sur une journée complète. Pourquoi avoir choisi ce format ? Comment tu gères ce format long d’atelier ? Est-ce que tu as des conseils pour les artisans qui voudraient en créer ?

En fait, je fais aussi des ateliers à la demi-journée. Ce qui peut être compliqué, c’est qu’on revit un peu la même journée à chaque fois, cela pourrait être compliqué de rester joyeux et naturel. J’ai fait le choix d’avoir seulement 2 à 3 accueils à la ferme par mois avec la formule expérience. Et je me suis mis une jauge minimum de 4 personnes (parfois 3), car cela me permet d’être rentable. Au moins de me dire que je continue de gagner un peu ma vie et aussi parce que je trouve que les groupes sont sympas à partir de 4. J’aime bien les interactions qui se créent entre les différentes personnes.

Transformation de la laine par les participants

Peux-tu partager une expérience / un défi qui t’a particulièrement marquée dans ton parcours ? Comment l’as-tu surmonté ? Quelles leçons en as-tu tiré ?

Le défi est quotidien, réussir à allier élevage, culture, la famille, l’accueil à la ferme et surtout mon autre activité que je suis encore obligée de pratiquer à 60 %. Je rêve du moment où j’aurai assez de personnes en atelier, assez de vente sur mon site pour passer des journées entière avec mes animaux, dans mon atelier (et avec mes enfants et mon conjoint aussi bien surrrrr).

Les chèvres Angora

Un dernier mot / conseil pour les artisans de la communauté ?

Il faut rester positif, des fois, on a envie d’expliquer vraiment nos contraintes. Des fois, on peut avoir des coups de mou. Mais les personnes viennent pour passer un bon moment et pas pour qu’on leur fasse la morale (cela peut paraître évident, mais ce n’est pas toujours simple à faire).


Retrouvez les ateliers de Sandrine sur Wecandoo

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