Ancien ingénieur informatique spécialisé dans les jeux vidéo. César a toujours eu besoin de réveiller ses mains à la fin de ses journées sur l’écran. En 2020, il s’intéresse à la fabrication de carreaux de ciment, qui le passionne immédiatement. César se lance en parallèle de sa première activité, avant d’ouvrir son propre atelier au fond de son jardin à Pantin, dans un espace séparé.
Chez Wecandoo depuis quelques mois seulement, César souhaite faire découvrir au grand public la technique de ce savoir-faire disparu en France. Et ses ventes décollent… Découvrez son parcours et les secrets de ce lancement dans cet article.
Retrouver les ateliers de César sur Wecandoo
Wecandoo : Hello César ! Est-ce que tu peux nous raconter comment tu es devenu Designer de Carreaux de Ciment ?
César : Disons que ça s’est fait assez progressivement. Au départ, c’était juste pour explorer ; j’avais vu des vidéos d’artisans marocains qui fabriquaient des carreaux et je me suis dit que je pourrais essayer de faire la même chose à la maison en l’adaptant à ma sauce. Je suis donc parti de la méthode d’Athangudi – ville en Inde où ils fabriquent les carreaux sans presse hydraulique – et je me suis amusé à la remixer à ma manière.
Au bout d’un moment, frustré de voir que mes carreaux avec cette technique n’atteignaient pas les niveaux de perfection et de résistance des carreaux de ciment classiques – et encouragé par plein de gentils gens à continuer dans cette direction – j’ai décidé de me former à la méthode traditionnelle. Et puis en même temps, j’ai gagné un concours de la mairie de Paris qui m’a aidé à financer ma presse hydraulique. Bref, tout est un peu arrivé au fur et à mesure, comme une douce évidence, j’ai été chanceux.

Quel est ton processus de création ? Où trouves-tu ton inspiration ?
Arf ! J’ai tendance à définir ma créativité de “technique”, ce qui m’amuse le plus c’est de trouver des solutions à des problèmes techniques, d’inventer des outils, des méthodes, de détourner des objets.
Les questions du genre “tien, si on essayait de faire un carreau courbe” sont de celles qui m’excitent. Et ça va de pair avec l’originalité ; faire des choses vues et revues m’emmerde pas mal, faire des choses surprenantes, là ça devient chouette.
Et c’est d’ailleurs pourquoi je bosse avec plein d’artistes à qui je laisse carte blanche pour qu’ils s’éclatent avec mon medium et mes solutions techniques. On n’est pas là pour concurrencer Leroy Merlin, on est là pour nous faire plaisir avant tout, et après si ça fait plaisir à plus de monde, tant mieux.

Tu as aujourd’hui ta propre marque. Comment as-tu fait pour créer ton entreprise ? Quelle est la structure de ton entreprise aujourd’hui ?
J’ai monté une SASU parce que ça me semblait la solution la plus adaptée à mes besoins, je t’explique :
– J’ai dû acheter des tonnes de trucs très chers, alors être soumis à la TVA c’était cool
– Mon atelier est chez moi, ça me permet de louer une partie de ma maison à mon entreprise
– J’étais alors au chômage, ça me permettait de ne pas déduire de mon chômage les quelques sous que je gagnais au début
Le seul truc chiant, c’est de devoir payer un comptable, ça coûte 100 euros par mois pour un comptable en ligne. Ça fait une petite somme, mais ça vaut le coup à mon sens.
Tu as de très jolies photos sur les réseaux et plus de 12 000 followers sur Instagram. Bravo ! Comment as-tu fait pour définir ton identité de marque ? Construire ta communauté ? Des conseils ou des retours d’expérience à partager ?
Hihi, je pense pour commencer que j’ai beaucoup de chance de faire une activité très rare et que ça aide à me distinguer sur les réseaux sociaux. Ensuite, c’est en faisant plein de collabs avec plein d’artistes que je me suis progressivement fait connaître de plus en plus, chaque artiste parlant un peu de moi à sa communauté. Pour finir, j’ai lancé une campagne de solidarité avec les camarades marocains au lendemain du séisme en septembre ; le but était d’aider, pas de faire parler de moi – je ne suis pas aussi machiavélique que ça 😅 – pourtant, ça a été beaucoup relayé et j’ai donc profité d’une grosse visibilité.

Et d’ailleurs, je vais continuer à lancer ce genre de campagne, parce que quitte à investir du temps et de l’énergie dans sa communication, autant que ça aide en même temps des gens moins chanceux que moi et que ça reflète les valeurs de mon entreprise. Si t’écoutes les sondages, on nous prédit un avenir assez déprimant, c’est donc dès maintenant, je pense qu’il faut qu’on s’organise pour traverser les sales tempêtes qui nous attendent, et pour ça on aura bien plus besoin de solidarité et d’entraide que de carreaux de ciment ou de tasses en céramique (j’ai rien contre mes amis céramistes hein hihi 😜). Du coup, faire rentrer du solidaire dans son système économique aujourd’hui, ça donne du sens, ça prépare l’avenir, et ça aide à se faire connaître (bref, c’est mieux que de donner de l’argent à Insta pour des pubs et ça fonctionne aussi).
Tu travailles en collaboration avec des artistes. Comment rencontres-tu les artistes avec qui tu travailles ? Et quelle est la valeur ajoutée de ces collaborations pour ton activité ?
Jusqu’ici ce sont les artistes qui me contactent. Malheureusement, étant de plus en plus débordé et pas toujours bien organisé, je n’arrive pas à toujours tisser un lien fort avec les artistes avec qui je travaille. On se parle une fois au téléphone puis on fait tout le reste par mail. J’espère vraiment pour 2024 réussir à mieux m’organiser pour passer plus de temps avec eux.
Les artistes ont toujours carte blanche ; je leur donne des contraintes techniques, mais jamais esthétiques, je veux vraiment qu’ils s’approprient le médium comme ils l’entendent. Tant pis si ça sort de ce qu’on a l’habitude de voir, tant mieux même. C’est comme ça que chaque collab vient diversifier un peu plus mon catalogue.

Peux-tu nous partager un défi que tu as traversé dans ton parcours ? Comment l’as-tu surmonté ? Quelles leçons en as-tu tiré ?
Des défis techniques, il y en a eu des tonnes. Chaque saison, chaque variation de température, d’hygrométrie, chaque changement de fournisseur de granulat ou de pigment m’ont apporté leur lot de problèmes et forcé à revoir mes recettes. Il m’a fallu faire plus d’un tour de calendrier complet pour être capable d’apporter une réponse à chaque souci ; et encore, des nouveaux problèmes apparaissent chaque jour. Si je devais tirer une leçon de tout ça, elle consisterait à insister sur le fait qu’il faut tout noter tous les jours, chaque détail, température, hygrométrie, n’importe quoi, il faut peser tout ce qui est pesable, mesurer tout ce qui est mesurable, étiqueter, dater, photographier chaque réalisation, afin de mettre toutes les chances de son côté de résoudre les problèmes que l’on rencontre.
Tu as rejoint Wecandoo en mars 2023 et tes ventes d’atelier décollent. Bravo ! Pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’est-ce qui te plaît dans l’animation de ces ateliers ?
C’est trop bien les ateliers ! J’ai la chance jusqu’ici de recevoir des gens hyper motivés et intéressés par ma pratique, ça donne lieu à des échanges super chouettes. Et puis je suis plutôt de nature extraverti, alors après avoir passé plusieurs jours tout seul, sans parler, devant ma presse à faire des carreaux en écoutant la radio, je suis hyper content de faire le show pour les participants de l’atelier 😅

Comment équilibres-tu la gestion de tes ateliers et ton activité de production ?
Un jour où j’ai un atelier, que ce soit le matin ou le soir, je ne peux pas produire de carreaux. Les ateliers demandent trop de préparation et le local est trop petit pour qu’y cohabitent une production de carreaux toute fraîche et des stagiaires Wecandoo déchainés. Du coup, c’est bien, ça me force un peu à lever le pied, le jour où j’ai un atelier, je sais que je vais faire autre chose que de la production, et je ne manque pas de chose à faire, du coup ça m’aide à équilibrer mon planning.

Est-ce que tu as une stratégie particulière pour faire connaître tes ateliers et booster tes ventes ? Des recommandations ou conseils pour les artisans de la communauté ?
Aujourd’hui 80% de mes ventes d’atelier viennent d’Instagram et passent directement par mon site. Mais c’est beaucoup de boulot, car je dois alimenter mon compte en clownerie régulièrement. Les publications dans des journaux ou média Instagram ont bien aidé à faire connaitre mes ateliers aussi. Jusqu’ici, j’ai eu beaucoup de chance.

Peux-tu nous partager une anecdote mémorable ou une expérience gratifiante que tu as vécue lors de l’animation d’un atelier ?
Mon tout premier atelier, avant de commencer avec Wecandoo, était avec des résidents d’un centre d’hébergement Emmaüs ; ils sont venus à l’atelier pour fabriquer eux-mêmes les carreaux de leur cuisine (une trop géniale expérience d’ailleurs). Sauf que le premier groupe qui est arrivé était composé de personnes sourdes, et aucun encadrant ne parlait le langage des signes. J’ai eu super peur au début, d’autant plus qu’étant très bavard, j’avais peur de ne pas pouvoir leur communiquer les explications. Et puis en fait, il a fallu que je leur montre les gestes et au bout de 10 petites minutes, ils étaient hypers autonomes et je n’ai jamais eu depuis des stagiaires aussi doués. C’était un beau moment de fabrication silencieuse dans l’atelier, j’ai adoré.
Un dernier mot / conseil pour les artisans de la communauté ?
Venez aux apéros Wecandoo boire du vin blanc et rigoler (et venez avec votre chien pour qu’il joue avec le mien 🥰)

Retrouvez les ateliers de César sur Wecandoo


