Rencontre avec Laura Philippon, céramiste à Montpellier

Suite à l’obtention de son diplôme en arts appliqués, Laura décide rapidement de se tourner vers la céramique. Elle se forme pour devenir céramiste et lance rapidement son atelier Ceramics by Laura. Ces objets sont reconnaissables à leur couleur, à leur anse et à leur style contemporain et géométrique. Dans cette interview, elle nous explique pourquoi l’Artisanat peut paraître cher et comment fixer un prix juste.

Wecandoo : Laura, tu es céramiste depuis maintenant deux ans. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?

Laura Philippon : Je suis céramiste à mon compte depuis un peu plus de deux ans. Je me suis d’abord lancée à Roanne chez  mes parents où j’ai pu travailler dans un petit local dans le jardin familial. Depuis le mois d’août 2020, je me trouve à Montpellier dans un atelier partagé avec deux autres céramistes. Cet endroit se nomme La Hutte. Avant de devenir céramiste, j’ai fait un parcours en arts appliqués pour étudier le design graphique. J’étais plutôt vouée à être designer graphiste mais, je ne me voyais pas devant un ordinateur. Je souhaitais être au contact de la matière. Je me suis donc formée pendant deux ans à ce métier.

Comment puises-tu l’inspiration au quotidien ?

Au début de mon activité de céramiste, je me lançais dans des phases de recherche pour pouvoir créer une collection. Pendant ces phases de recherche, je puisais dans des références historiques, des références de céramiques traditionnelles souvent très anciennes… J’ai analysé, dessiné des idées à partir de ce que j’avais pu observer dans des musées archéologiques et dans des ouvrages de céramiques. J’essaye de puiser mon inspiration et mon vocabulaire de forme dans la céramique assez ancienne. Je l’adapte de manière contemporaine à ma vision de la céramique et à un travail minimaliste et épuré.

En ce moment, je mets au point une nouvelle collection, je me replonge dans ces phases de recherche et d’inspiration. Cela fait très longtemps que je n’avais pas été plongée là-dedans, c’est très plaisant ! 

Les consommateurs perçoivent souvent l’Artisanat comme cher. Peux-tu nous expliquer comment tu fixes le prix d’un objet ? 

Ce sujet revient très souvent entre céramistes. Tous les céramistes et même les artisans en général se sont déjà heurtés à des personnes qui trouvent leurs objets trop chers. C’est assez subjectif car, cela dépend de beaucoup de choses : du pouvoir d’achat entre autres. Il faut faire de la pédagogie pour que les prix soient compris en expliquant toutes les étapes de fabrication, les coûts, etc. Il y a des charges directes et indirectes… Tout ne va pas dans la poche d’un artisan, loin de là !

Je pense que la perception du prix est influencée par les objets en céramique qui sont vendus par des grosses chaînes de magasins à des prix qui défient toute concurrence. Ces objets reprennent nos codes avec un style “artisanal”, un peu cabossé, un peu tordu, un peu ambiance wabi sabi… Malheureusement, les prix de la céramique industrielle desservent les prix de la céramique artisanale.

Dans l’Artisanat, un prix de vente représente le coût de revient ainsi que la marge (+ la TVA). Le coût de revient comprend tous les coûts qui ont contribué à la fabrication de l’objet. Il y a le coût d’achat et d’approvisionnement (achats de matières premières et fournitures), le coût de production (main-d’œuvre et temps de travail), les charges fixes et variables de production (loyer, électricité, amortissement de matériel), le coût de distribution (communication, carte de visite, publicité, stands, site internet, etc.) et enfin le coût administratif (assurance, banque, cotisation sociale…). Une fois que le coût de revient est fixé pour amortir toutes les charges, on ajoute une marge. Pour définir cette marge, on multiplie par deux ou trois le coût de revient. 

Pour ma part, je n’inclus pas tout dans mon coût de revient. Je compte mon coût de production, le coût de la matière première, le coût administratif, les loyers, etc. Par contre, il y a des choses que je ne prends pas en compte. Par exemple, il est compliqué pour moi de quantifier le coût des affiches, cartes de visite, l’amortissement du matériel… Je le compte donc dans la marge pour englober ces coûts supplémentaires. 

Définir un prix de vente demande beaucoup de calculs. Il faut regarder aussi les prix de la concurrence pour voir si on n’est pas trop en décalage. 

Le taux horaire est également très important. Beaucoup de céramistes se payent à des niveaux très bas. Il faut fixer le taux horaire à minimum 15 euros de l’heure (et c’est vraiment le minimum !). L’idéal est de le fixer à 20 euros. Cela dépend de la marge qu’on se fixe. Les curseurs doivent être ajustés selon les coûts de chacun. Il faut penser à prendre tous les paramètres en compte.

Combien de temps mets-tu pour fabriquer une pièce ? As-tu un exemple ? 

Dans la céramique, il y a plusieurs phases de production. Pour vous donner un ordre d’idée : pour un petit vase qui est à 85 euros, je compte un peu plus d’une heure  car je tourne pendant 10 minutes. Le tournassage prend 10 minutes. Les 30 minutes suivantes sont consacrées à la fabrique des anses (la découpe et le collage). Puis, je passe à la phase de ponçage pendant 3 minutes. Enfin, je compte 10 minutes pour l’émaillage auquel j’ajoute également du temps pour les cuissons… Je travaille à chaque fois en série. Je ne fais pas un objet individuellement de A à Z. Je réalise mes objets par étapes de fabrication. Cela peut prendre entre 2 semaines et un mois pour une série, tout dépend du débit de production que l’artisan a. 

Par exemple, la semaine dernière, j’ai rarement autant produit. J’ai décidé de faire objet par objet. J’ai tourné quatre-vingts tasses pendant deux jours. J’ai tournassé pendant deux jours. J’ai assemblé sur trois jours et je vais émailler aujourd’hui. En général, ce que je fais sur une journée, c’est que je varie entre deux ou trois types d’objets que je tourne : tasses, cache-pots… Il faut jongler un peu selon son débit de production et de vente. 

Concernant les prix, il y a des tas de choses qu’on ne prend pas en compte. Par exemple, les pertes : quand on a une commande de dix pièces, on fabrique au moins quatorze pièces pour en prévoir plus si on rencontre un problème à la cuisson. Si c’est une commande de ma collection, je peux garder ces pièces pour les revendre sur mon eshop. Si c’est une commande privée avec des pièces personnalisées, je garde les pièces pour moi. La solution pour éviter les pertes consiste à organiser des braderies plusieurs fois dans l’année. Les pièces avec des défauts sont bradées à des prix inférieurs au prix d’origine. Cela me permet d’écouler le stock plutôt que de jeter ces pièces. Il y a eu autant de travail sur ces dernières. Seulement, il y a eu un problème à la cuisson ou un autre paramètre que je n’ai pas pris en compte. Les braderies permettent de compenser les pertes. 

Où peut-on retrouver les différentes pièces de ta collection ?

Je vends mes pièces sur Internet. J’ai d’ailleurs ouvert mon e-shop il y a peu de temps ! Avant, je vendais mes pièces via Minuit Céramique, un collectif de céramistes qui organise des ventes plusieurs fois dans l’année. J’adore ce principe car c’est collaboratif ! J’ai travaillé avec des boutiques qui proposent du drop shipping. Elles hébergent une pièce sur leur site et je gère ensuite l’envoi. Ces boutiques prennent une petite marge par rapport aux autres types de boutique. Il y a également des revendeurs qui achètent des stocks. On leur propose un prix de gros. Je fais aussi appel à des boutiques dépôts-ventes : je laisse les pièces et dès qu’il y a une vente, je reçois l’argent de ce qui a été vendu. Enfin, depuis mes débuts, je vends sur des marchés de créateurs.

As-tu un conseil à donner à ceux qui souhaitent se lancer dans l’Artisanat ?

Je pense que beaucoup de créateurs, de céramistes sous-évaluent leur travail. Il faut oser mettre des prix justes en tant qu’artisan. N’ayez pas le syndrome de l’imposteur !

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