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Rencontre avec Adriana, une artisane bijoutière

Péruvienne d’origine, Adriana qui a installé son atelier à Marseille, a passé quelques années à Paris où elle a appris les techniques de la bijouterie. Elle puise ses inspirations dans la matière et parfois même dans son pays d’origine. Découvrez son portrait. 

Wecandoo : Tout d’abord, quelle est la place de l’artisanat au Pérou ? 

Adriana : Le Pérou est un pays d’une grande variété de produits issus de l’artisanat traditionnel, notamment en textile, céramique et argenterie. Ces produits sont confectionnés selon des savoir-faire ancestraux et les motifs que l’on trouve sur des pièces de l’artisanat péruvien contemporain reprennent encore très souvent ceux utilisés par les Incas, voire les Pré-Incas. 

Est-ce que ton pays d’origine t’inspire dans tes créations ?

Dans mes collections, et parfois sans que je m’en rende compte, on peut apprécier des pièces aux motifs traditionnels stylisés. Je pense que cela fait partie de mon imaginaire personnel car j’ai grandi avec ça. Parfois c’est très présent, d’autres beaucoup moins, ça dépend des pièces… Je rêve de prendre une année sabbatique et partir dans des villages péruviens à la rencontre des artisans pour apprendre leur savoir-faire de près. Peut-être un jour…

Comment est arrivée cette créativité dans ta vie ?

J’ai tout le temps aimé faire des activités manuelles. Petite, j’ai pris des cours de peinture, musique, théâtre, mais je ne suis pas très douée pour ça. Avant de rentrer à la fac, j’ai eu la chance de rencontrer des artisans, amis d’amis au Pérou, qui m’ont fait découvrir le métier de bijoutier et qui m’en ont appris les bases. J’ai tout de suite accroché, mais j’ai poursuivi le chemin de la fac car je devais avoir un diplôme universitaire. Après 5 ans d’études, j’ai travaillé une dizaine d’années dans des bureaux. J’aimais bien mon premier métier mais ce n’était pas vraiment une passion. Maintenant que je suis bijoutière, je ne changerais pour rien au monde mon établi contre un bureau avec un ordinateur.

Comment as-tu appris ce métier d’artisane bijoutière ? 

J’ai commencé à faire des bijoux d’abord comme un loisir, avant même de commencer mes études supérieures universitaires à Lima. J’utilisais surtout des pinces car je n’avais pas de gros outils pour faire de la « vraie » bijouterie. Plusieurs années plus tard, toujours comme une activité de loisirs, je fais la connaissance de Paris Ateliers et j’ai eu la chance de voir mon dossier accepté sur trois années consécutives. C’est dans leurs cours du soir que j’ai vraiment appris les techniques propres à la bijouterie traditionnelle. Par exemple, j’ai touché pour la première fois un chalumeau, – d’ailleurs, je garde en mémoire encore mon tout premier exercice de soudure, tellement j’étais heureuse et fière !. J’ai appris à maîtriser le bocfil, la petite scie du bijoutier. J’ai testé des techniques comme la gravure à l’acide. Bref, je me suis familiarisée avec la plupart des outils du bijoutier. 

J’ai quand même attendu quelques années avant de me lancer et de franchir le pas de la reconversion professionnelle… Ce n’est qu’en 2014 que je prends cette décision avec le soutien de mon mari. Je rejoins une école à Marseille pour obtenir un CAP en Arts et Techniques de la Bijouterie-Joaillerie. L’étape suivante a été la création de l’entreprise en 2017, cela n’a pas été chose facile… Mais je me suis entêtée et j’ai réussi. En 2019, j’ai été reconnue Artisan d’Art. Encore une grande fierté pour moi ! 

Avec le recul, je pense que le plus difficile se joue maintenant : faire que cette entreprise marche. Je m’y consacre dès que je peux, mais j’ai fait le choix de ne pas quitter complètement la vie de maman…

Tu utilises les techniques de la bijouterie traditionnelle, pourquoi celles-ci plus qu’une autre ?

Ce que j’aime dans la bijouterie c’est le contact avec le métal, le manipuler, le travailler, lui donner une nouvelle forme Tout cela passe par les techniques traditionnelles : scier un morceau de laiton, souder des fils d’argent, marteler un plané pour le galber, lui donner des textures… Je ne prendrais aucun plaisir si mon métier consistait à dessiner des bijoux que d’autres personnes vont fabriquer par la suite. Ni préparer des moules à mettre dans une machine quelconque pour qu’elle fasse cent copies en une journée ou une heure… C’est un autre métier. C’est pour cette raison que j’aime bien me présenter comme « artisane bijoutière » pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté et que les gens qui ne me connaissent pas comprennent que c’est moi qui fais mes bijoux à la main. Dans les salons où je rencontre de nouvelles personnes, j’essaie d’expliquer mon travail, les techniques employées, les difficultés, le temps dont on a besoin, la différence entre la bijouterie artisanale et la bijouterie « fantaisie » d’assemblage.

Comment choisis-tu les matières ? Quel rapport as-tu avec la matière ?

Pour l’instant, je fais surtout des bijoux entièrement en métal, c’est ma matière de prédilection. J’aime beaucoup aussi le bois et la terre. Je travaille notamment le laiton dont j’aime le doré que je trouve chaleureux et vivant par les changements qu’il subit dans le temps ; et l’argent qui me permet de jouer avec les finitions poli, mate ou oxydé. Sinon, pour les autres matières je préfère l’ébène pour son noir profond et la porcelaine pour la fragilité que sa couleur blanche parfois translucide inspire malgré le fait que ce soit une terre très solide.

Tu as choisi la voie de la reconversion, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite suivre ce chemin ?

Je ne peux que le conseiller ! Bien entendu, il faut évaluer tous les aspects d’une reconversion, notamment le confort que l’on est prêt à sacrifier si on va échanger un salaire mensuel contre une activité artisanale indépendante… Disons que la rétribution n’est pas souvent pécuniaire…

Penses-tu que la crise va pousser les personnes à consommer autrement ?

Oui, je suis très confiante. C’est grâce à cette crise que nous voyons maintenant ce qui est réellement important. Pas mal de personnes se sont retournés vers les producteurs et commerçants de proximité en ce qui concerne les produits de base. J’espère que cette attitude sera visible aussi pour les autres types de commerces après le confinement. Nous avons besoin d’un changement global et cette crise est mondiale. Elle touche tout le monde, chacun est susceptible de se remettre en question. J’espère vraiment que cette crise sera positive, et pour les artisans et pour la planète. Ce sera peut-être seulement le début d’un grand changement, mais un début dans tous les pays du monde simultanément, ce n’est pas négligeable…

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Je rêve depuis plusieurs années de faire des pièces de décoration. J’en ai déjà parlé à d’autres artisans (artistes plasticiennes, céramistes) pour faire éventuellement une ou plusieurs pièces en collaboration avec elles. Je pense que je vais m’y pencher mais je ne vous en dis pas plus pour l’instant…

Qu’est-ce que tu aimes dans des ateliers Wecandoo ?

Transmettre. Apprendre aux autres ce que je sais faire. Voir les participantes (je n’ai eu que des filles pour l’instant !) heureuses et fières de repartir avec une pièce faite par elles-mêmes. Je vois leurs sourires et je me rappelle comment j’étais heureuse quand c’était moi qui apprenais. J’ai pu faire de belles rencontres grâce aux ateliers Wecandoo. Quand l’alchimie opère, on garde le contact et on s’enrichit mutuellement…

À quel savoir-faire souhaiterais-tu t’initier sur Wecandoo ?

J’aimerais TOUT faire ! Je pense que je commencerai par le bois, j’ai très envie d’apprendre à le travailler pour l’intégrer dans mon travail, et pas que. J’ai vu qu’on peut même se fabriquer une table ou un kayak soi-même grâce à Wecandoo. Ensuite, ça serait peut-être le cuir, la taille des pierres, la couture, il y a tellement de choix et tellement de choses à apprendre.

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